lundi 22 avril 2013

jeudi 18 avril 2013

Dé-Voilement

http://www.cedricroulliat.com/accueil.htm

Tout ce qui est essentiellement beau se lie à l’apparence , de façon
constante et essentielle, mais à des degrés infiniment variés. Cette liaison
atteint à sa plus grande intensité partout où la vie est plus manifeste, et
précisément ici aux deux pôles explicites d’une apparence qui triomphe et
d’une apparence qui s’éteint. Car, plus sa nature est haute, plus tout être
vivant échappe au domaine de l’essentiellement beau ; c’est en lui, par
conséquent, que l’essentiellement beau se manifeste le plus comme apparence.
La vie belle, l’essentiellement beau et la beauté apparente, les trois
ne font qu’une. […] Ainsi en toute beauté artistique subsiste encore l’apparence,
c’est-à-dire ce vagabondage aux confins de la vie, et sans cette
apparence elle n’est pas possible. Mais l’apparence ne contient pas l’essence
de cette beauté. L’essence renvoie, bien plus profondément, à ce qu’on
peut désigner dans l’oeuvre d’art comme le contraire même de l’apparence :
l’inexpressif, mais qui, sans ce contraste, ne peut ni avoir place dans l’art,
ni être nommé sans équivoque. Bien que l’inexpressif s’oppose à l’apparence,
ils ne sont pas moins unis par une relation nécessaire, car, sans être
lui-même apparence, le beau cesse d’être essentiellement lorsqu’il est
dépouillé de l’apparence. Car celle-ci fait partie de lui comme son voile,
et on voit donc que la loi essentielle de la beauté lui impose de n’apparaître
que dans ce qui est voilé. Refusons donc ce lieu commun des philosophes,
qui prétend que la beauté est elle-même apparence. […] La beauté n’est
pas une apparence, elle n’est pas le voile qui couvrirait une autre réalité.
Elle n’est pas phénomène, mais pure essence, une essence à vrai dire ,
qui ne demeure réellement pareille à elle-même qu’à condition de garder
son voile. Partout ailleurs, l’apparence peut tromper, mais la belle apparence
est le voile tendu devant ce qui exige, plus que tout, d’être voilé. Car
le beau n’est ni le voile ni le voilé, mais l’objet dans son voile.
Dévoilé, cet objet resterait indéfiniment peu apparent. D’où cette très ancienne
idée que le dévoilement transforme ce qui est dévoilé, que la chose
voilée ne restera « pareille à elle-même » que dans son voilement. Vis-à-
vis du beau, par conséquent, l’idée du dévoilement se change en l’idée
de l’impossibilité de dévoiler. Telle est l’idée directrice de la critique d’art.
Le rôle de la critique n’est pas de soulever le voile, mais, en le connaissant
comme tel, de la façon la plus exacte, de s’élever jusqu’à l’intuition véritable
du beau. Jusqu’à une intuition qui ne se révèle jamais à ce qu’on appelle
empathie et que n’atteint qu’incomplètement le regard plus pur du
naïf : l’intuition du beau comme mystère. Jamais encore une oeuvre d’art
n’a été comprise, à moins d’avoir été inéluctablement perçue comme mystère.
Car est-il d’autre mot pour définir une réalité à laquelle, en dernière
instance, le voile est essentiel ? Puisque le beau est la seule réalité
qui puisse être essentiellement et voilante et voilée, c’est dans le mystère
que réside le divin fondement ontologique de la beauté. En elle l’apparence
est donc justement ceci : non point un voile inutilement jeté sur les choses
en soi, mais le voile que doivent revêtir les choses pour nous. […] Car, ce
qu’elle rend visible n’est pas l’idée elle-même, mais le mystère de cette idée.

Walter Benjamin, « Les affinités électives de Goethe » (1934). Trad. fr. M. de Gandillac,
revue par R. Rochlitz. Œuvres. Paris : Gallimard, 2000, 3 vol. (Folio ; 372-
374) ; t. 1, p. 383-386.

jeudi 4 avril 2013

Vague

-->
On the whole, love comes with the speed of light ;
separation, with that of sound.
J. Brodsky, Watermark
 
Chaud
L’air est blanc
Divagué-je

Chair sauvage
Sous le voile
Pulpe sanglante

Des mains
La bois
Et façonne
Le sceau
Et la mer
Immenses

Souffler
Sur les cendres
Expirer le feu
De mon angoisse

Brûler la distance
Effacer les angles
Affamer les yeux

Ouvrir, enfin
Le néant
Le coquelicot
Le pli et les larmes

Peindre le silence
Et la pluie
La gésine
Et la faim

Ai-je bu la vigne
De mon ivraie ?
Où suis-je la grève
Le bruit sourd
Qu’on enchaîne

Serai-je
Le murmure
De mon cœur
La solitude ?


2-4 iv 2013

jeudi 21 mars 2013

Carême (elle)


Uniquement belle
Chaleur paisible

Foudroyé
Par le regard
Sur le monde

Envie de fouler
La peau et les songes
D'épeler le caprice

Brume d'orange
Tout autour
Soleil d'automne

Hors des mains
Le pli rouge
L'eau, rhizome

Fractale
Nitescente
De mon angoisse


1er-2 ii 2013

mercredi 20 mars 2013

Progrès

La rédemption est le limes du progrès
W. Benjamin


Ciel bleu nuit
Bleu laiteux
Sans fond

Lumières d'une ville
Profonde et mutique
Adossée au ciel
Comme au flanc
D'une montagne bleue

Je marche dans le dos
De corps embarrassés
J'avance vers ou ?
J'écris pour quoi ?

Je n'écrie plus
Asséché comme
Une eau sans eau
Pulvérulent comme
La chair du temps

N'arrive plus a écrire
Et toujours, je cherche
Le sein d'une vie possible
La munificence du raisin
La gravité mûre de l'étang
Plein de poissons
L'areole brune
De ses lèvres
Le feu de ma voix

Je cherche
Le décombre
De ma peau
De l'aube épine
Je veux manger
La pointe du firmament
La pluie de son corps

Laurier teint
De noir, de vert
De tout, de rien

L'eau est partout
De l'huile
Et moi dessus
Comme une plume
Grasse

Je sens
La terre
Qui m'obere
Je vois

Mon revers

8-20 III 2013


Envoyé de l'Orange blossom [iP]

jeudi 14 mars 2013

Prénom

Pour F. M.-D.

 
Souvent
C’est un fruit
Qui s’échappe
De ma voix

Un son
Qui tend
Les lèvres

Sur sa couleur
J’hésite
Mais son goût
Je le sais
Sucre amer

Son grain
Rieur, aigu, mutin et doux
Est trop menu, parfois
Sable blanc
Dans l’eau tiède

Et les pépins
Yeux fertiles
Veinés de grès
Et de marbre

Un calice

8-10 iii 2013

mardi 29 janvier 2013

Givre

-->


La lune
Une peau, nue

J’entends l’eau
Le pouls et l’odeur
Des arbres brillants
Et humides

Je goûte le bleu
Autour de ses doigts
Le bleu de ces lèvres
Le balancement
De la brume
Dans les yeux

Je mange
Crûment
Ses griffes rouges –
Sont-elles irréelles ? –
Sur la laine
Affamante et noire

Je mords
La pommette
Et le nez
Qui se dérobent
À mes dents glacées

Je bois
À pleines enjambées
La détresse et la distance

Soyons ivres
Courrons dans la nuit

28 i 2013

lundi 28 janvier 2013

Vieillir

Les larmes, recueillir
La rosée de mémoire
Des visages aigus
Où s’annonce
La beauté de l’avenir

Le temps ineffable
Qui glisse sur les lèvres
Comme des lames
Mûres et noires

mardi 15 janvier 2013

mercredi 9 janvier 2013

Bleuté

Allonge sur un lit bleu
L’oreille collée au silence
À la musique de l’absence
Aux plis de la nuit
Qui se froisse
Sur ma peau
Vive comme une chaux

Conte les pas
De ces doigts
Qui n
existent pas

Respire le lait
Bleu de l
eau-rigine
L’effluve de Morphée
Et me dissous dans le rêve
D
une caresse, un murmure
Sur les lèvres, un souffle
Au cœur, une carence
Qui rayonne

L’orbe bleuté
Qui m’encercle
Et me porte
Une houle
De silence
 
8-9 i 2013

lundi 31 décembre 2012

mardi 18 décembre 2012

Rage

Steven Wilson, Get All You Deserve

« Rage, rage against the dying of the light »
D. Thomas



Le sable
Soudain
Se lève
Électrique

Me cingle
Me roue
Me frappe
Me submerge
Me résoud

Décliné
Immobile

Atome
Bouteille
Grain
Ou noix

Je mange
Le souffle
Du vent

Irradié par
Le sourd
Grésil

Des l'origine

Le piano
Qui cogne
Le bois
De la corde

18 xii 2012 

Many thanks to N. C.

lundi 17 décembre 2012

Nat…

Une cigarette
Nue, qui attend
Des lunettes
Sans éclat

Un écran
Une femme
Des images
Intenables

Je divague
Sur le noir
Serpent
Qui se tord
Au plafond

Un verre
Métallique
Qui teinte
Deux fois
Comme un signal

16-17 xii 2012 


mercredi 12 décembre 2012

angle

L'angle secret
de mon buvard.

Le sombre pli
de la vase

Envol de la mémoire
pointe de la fuite

Secrète la langue

jeudi 29 novembre 2012

Letting Go

For the Mice, the Sky & the Moon
 
Lumière violette
Légèrement mauve
Bleu de chlore
Bleu de Chine
Bleu de noir
Et de joie
Gaze légère violacée
Vaguement orange
Que scintille la ville
Que monte la marée 
Électrique
De tous ces pas
Ces blancs visages
Et autres peaux diaphanes
Que monte la nappe aux doigts
Que s'enroulent sur les lèvres
Des souvenirs absents
Que l'eau n'a pas l'heur
De son mal 
Que tourbillonnent les feuilles
Que s'annonce le vent opaque
Enveloppe le bris de la ville
Que surgissent des arbres nus
Candélabres osseux
Maigres et d'argent

25-26 xi 2012 
 
 

dimanche 25 novembre 2012

dimanche 28 octobre 2012

Automne


Dun coup
Il est tombé
À nos pieds
Sur nos bronches
Au bout de nos doigts
Tous engourdis
Encor de l’été

Moi qui lattendais
Plus tôt
Comme un hiver
En douce
Le reçois
Dans leffroi

Jentends le pas
Lardent sanglot
Et limmense drap
Des violons
Qui battent la mer
Au sable

On voit la peau
Se retirer
Sous lautre peau
Comme un loir
Sous le châle

Du regard
Je cherche
La voix
Lempreinte
Ou l'’encre

Mais ne restent
Que les cendres
Où souffler
Pour écrire
Ce que je vois

Et les couleurs
Les feuilles, le vent
La longue pluie
Pour dire la beauté
De lennemi

Octobre revient
À lautomne et à la nuit
Aux ambres noires
Profondes et salées
À lordalie de toute vie

27 x 2012

vendredi 12 octobre 2012

Premonition

Vouloir

Etre
Insister
Ou vit

Vivre
Exister
Ou est

Echapper
A l’absence
De

Briser
De l’intersection
Vide

Tremblent
Soudain puis
S’affaissent
Les ciseaux

29 ix  2012

jeudi 4 octobre 2012

Bal





Bât le cœur
Coule la voix
Dénués

Frotte la Terre

Le pas se lève, léger
Virevolte, danse
Puis revient
Au théatre
De la pluie

Frappe la Terre

Se relève,
Plus doux
Le pas

S’ouvre l’air
Au murmure
Et à la pluie

À nouveau la Terre
Le feu de la mer
Et l’aire
De la voix

Le pas s’envoile
Cristal de soie
Trébuche, résonne
Et s’enivre
Jusqu’au bois

Déjeunent
De la paume
Les larmes
Du bal

12-17 ix 2012

lundi 1 octobre 2012

Chambre



Couverture bleue
Livre crème
Lumière verte
Point rouge
Ténu

Nuit claire
Ajourée

Senteur rouge
Grenade fraîche
Musique confuse
Qui monte

Et que revient
Une note

Vent se lève
Marée de feu
Froissant
L’air chaud

Submerge
Le jardin
Mi-septembre
Comme une lame
De cheveux noirs

Torche
Silencieuse
Dans le linceul
Ne vient pas
La nuit
Que l’on souhaite

L’écriture
Se tait
Les muscles
Se tendent

Aveugles
Les pas se pressent
Derrière la fenêtre
Les mots étouffés
S’écrient indistincts

« Une étrange maison qui se tient dans ma voix
« Et qu’habite le vent »
(Pierre Seghers)

20-26 ix 2012