vendredi 24 juillet 2009

Glisse

Archive - Day That You Go


La peau est lisse
Comme mon regard
Plisse les lèvres

La peau est mate
Sourde à la neige
Découpée en vasques
Par le tissu étroit

La peau est sans visage
Une lampe de sable
Qui s’égrène
À la lumière

Sombre et sucrée
Qui inonde mon palais
Ce lait amer
Un réglisse imaginaire

24 v 2009

mercredi 15 juillet 2009

A la longue

Je suis la corde
Qui m’enlace
Ventre et poignet

Je compte la brulure
Qui se traîne
Sur la peau de chair

Je sens le souffle
Du corps rauque
Qui s’incurve

J’entends la voix
Lointaine des beautés
Qui me lassent

Je ferme les doigts
Sur la laine rude
Qui me noie

25-26 mai 2008

vendredi 26 juin 2009

Notte


Et ils monnaient la pluie
Et nous faisons l’amour
Dominique A, Le commerce de l’eau




Deux doigts sur le fer
Les mêmes sur les lèvres

Puis vint la pluie
Qui me froisse

Et avant
La peau nue
Étendue sur le drap
Comme une nappe

Plus tard, le soupir,
Le sommeil et l’attente
Le triangle de l’eau

Les yeux blancs
Le sexe à la main

Toujours la lumière
Jaune, qui mord
Le sable, le sel

J’entends le son
La bouche, le cri
L’effroi

26 vi 2009

Vivaldi - Nulla in mundo pax sincera (RV 630)

Paume


Commissure
Qui me fend
Pli vestigial

Vaste soupir
Qui se dessine
Et se dissipe

Entre le cœur
Et la voix

Rêver
La paume
Au creux
Essentiel

Appliquer
Les doigts
Au bord
Du vide

Remplir
Les mains
Du poids
De l’avenir

Vivre
À l’arythmie
Des aiguilles
Qui tendent
Mes lèvres

Suspendu au nœud
De l’éternité
Des cendres
Suis la glace

24-29 vi 2009


Recoil - Allelujah

samedi 20 juin 2009

Grisé


Dans le ventre
De mon sommeil
Pèse soudain
Le pouls grisé
D’un astre mort
L’étrange lambeau
D’une terre sèche
Qui se désagrège
Comme une résine
Sucrée, irradie
La chaleur rouge
La chair qui scintille
Dans le fardeau,
Intérieur, le for
De mon sommeil


20-29 vi 2009

dimanche 14 juin 2009

Abstrait















Dominique A - Rouvrir


Où donc je suis
Absent ou pendu
Avec ce frisson
Un sang d’effroi

Je glisse dans les rues
Et compte le temps
Le dos de mon passé
Qui me sépare de lui

Ma vie est abstraite
Derrière une vitre
Retenu au temps
Qui m’écoule

Une faille qui me clôt
S’enroule sur les lèvres
Au silence et à l’envie
Une glace me brûle

Le regard et la peau
Alcaline qui se jette
Violente au néant


9-29 vi 2009

lundi 8 juin 2009

Sceau (1 & 2)

I

Tâche brune
Comme la prune
Tu es le grain
Le munificent raisin
L’âtre brun

Tu es le calme et l’essence
L’oubli vertigineux
Le repos et l’affable
Le galbe fastueux
L’angoisse palpable

Le sceau blême
De mon carême

28-31 III 2008


II


Qu’est-ce que cette chose affamée, au-delà même du désir ?
A. Ernaux, Se perdre




C’est une pomme ou une poire
Une fraction d’éternité
Qui fond sans se perdre
Dans la paume de ma faim

C’est le galbe mûr et blanc
Un étang plein de passion
L’ivraie de mon sépulcre
Le fruit gorgé d’ivresse

C’est la volupté carnée
La chaleur de l’effroi
L’étourdissante étrave
De mon tumescent regard

3-4 IV 2008


New Order - Elegia

dimanche 17 mai 2009

disorder

Così mi bruci, è inutile – pensando – essere altrimenti,
imporre limiti al disordine

P. P. Pasolini







Je me brûle ainsi, il est inutile – si l’on y pense – d’être autrement, d’imposer des limites au désordre

Épuisement

Je me suis tu
Au milieu du silence
Puisque désormais
Où s’enfuit le néant
J’attends et je mens

Je suis nu
Me démets et m’étends
De mon impuissance
En rectangle, en rond
En carré et en triangle

Je cherche dans la nuit
Du sommeil le sépulcre
La dissolution du temps
La fin du carême


16-18 v 2009


Joy Division - Komakino

dimanche 3 mai 2009

Deuil (Silence, XII)




















Le temps, le temps
A pu faire d’une flamme
Une pierre qui dort debout
Guillevic, Terraqué


Tu dois disparaître
Quitter cette grève
Où tu t’assèches

Tu dois t’endeuiller
Un sucre dans le silence
D’un corps gisant

Tu dois écorcer
De la sphinge
La peau blafarde

Tu dois évider
Le sang de la peau
Jusqu’à la mutité

Car tu es l’église
Invisible, la craie
Qui assèche mon vin

Monde, œil
Orbite de l’astre
Vivant

2-3 v 2009


The Divine Comedy - Eye Of The Needle



jeudi 30 avril 2009

lundi 20 avril 2009

Violence

And when we kiss we speak as one
With a single breath this world is gone
New Order, Everyone everywhere




Ne me reste plus
Que le poing
L’entaille

Car j’ai perdu le voile
Le souffle et l’éclat
De la voix qui s’ébat

19 iv 2009

dimanche 19 avril 2009

Monade

Tu es du sexe des formes rêvées, du sexe nul des formes imprécises
F. Pessoa, Le livre de l’intranquillité de Bernardo Soares

L’hiver de la peau
Sur les doigts
Me fissure

C’est une monade
Sans portes, ni fenêtres
L’anneau de ma disparition

Elle ne saigne pas
Sa voix est inodore
Ses yeux incolores

Elle gît à côté de moi
Comme un bois
Dont le vivant m’échappe

Un corps odieux
Une fuite sans issue
Sans sommeil ni saveur

Elle contracte
La promesse
Mon désespoir

19 iv 2009

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The Hope Blister - Dagger


samedi 11 avril 2009

licht


Absent, ta figure se dilate au point d’emplir l'univers. Tu passes à l’état fluide qui est celui des fantômes. Présent, elle se condense ; tu atteins aux concentrations des métaux les plus lourds, de l’iridium, du mercure. Je meurs de ce poids quand il me tombe sur le cœur.
Marguerite Yourcenar, Feux




dimanche 5 avril 2009

The Womb

Tout le langage humain n’étant qu’un ensablement après le silence du désir
P. Quignard, Rhétorique spéculative



Le tour de la main
La gravité de la chair
Le grain de la peau
Qui se lève
Au doigt brumeux
Des yeux dormants

Cette chaleur
Qui m’empourpre
La gorge, et m’enserre
Le chœur qui cogne
Contre la vitre opaque
De mon propre sein

J’entends le chrême,
De la voix qui m’envahit
Du désastre, la grande voix
Qui me dévaste

Je me diminue
Au fil obscur
D’un jouir mécanique
Au pli intérieur
Qui me ferme
Comme le ressac
Sur la mère


5 avril 2009

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Noir Désir - Oublié

mardi 31 mars 2009

Terre



















Je suis la terre
Qui remonte
Sur les seins

Le reflux de la peau
L'inexorable falaise
Qui s'affaisse

Je suis la craie
Du désir sec
Mécanique et froid

Je cueille la nuit
Comme l'ivresse
De mon sommeil

Je note les rides
La grêle et la mort
Noires qui m'assaillent

Je fuis l'ombre
Portée du creux
De mon poids

L'encre blanche
Des lèvres invisibles
Et des paupières de sable

Suis-je une lame
Qui ne veut pas donner
Ce qu'elle n'a pas ?

Je suis la terre
Qui m'obèse
Et m'enserre

lundi 16 mars 2009

Il y a

Pour A. B. die es nicht weiß


Qui de nous deux inventa l’autre ?
P. Éluard, Au défaut du silence



L’ourlet du regard
La blancheur fine
De la lèvre qui scintille

La fuite éperdue
De mes doigts sur les cils
Invisibles de la peau

La douleur
De la menthe froide
Sur les joues pourpres

La faim
De votre voix
Sur mon sein

Et l’abandon
De votre absence
Entre mes mains


22-23 octobre 2008


Scissor Sisters
It Can’t Come Quickly Enough

vendredi 13 mars 2009

le corps du délit

Étonnante, cette mémoire du corps, ce miroir vivant de ce que je suis toujours en train d’être. Deux conversations récentes et une ire sépulcrale m’ont soudainement ramené à la matérialité de mon être-devenir. Le corps exprime en son ordre et parfois avec un peu de décalage, la plainte professée dans l’oubli de l’air sur un ton de grand seigneur, vitupérant une méchanceté que je voulais infinie. Il me tord, me contracte et me plisse, comme un nœud qui se noue et se renoue encore. Les seuls mots que l’on trouve pour dire le mal sont ceux, de la langue maternelle, l’arkhè qui nous sédimente et nous organise du fuscum subnigrum de notre temps et de notre chair. C’est la même chose que le corps enfantin qui, en passe de redresser sa posture, pour atteindre la bipédie, « régresse » sous le coup de l’affection ou de la maladie. Comme si, tout à coup, le corps s’intensifie, s’ontologise pour se réassurer de son intégralité fissurée, se contracte sur une brèche et ploie de toute sa gravité.
Soudain, je réalise que mon corps a une histoire, un mouvement et un savoir. Qu’il est une promesse de désespoir

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lundi 9 mars 2009

Angle

Il y a ce visage
Dans ma tête
Des bribes,
Un profil
Les fragments
D’un savoir plus ancien
Une mâchoire qui s’anime
Une oreille découverte
Un cou avide
Auquel se jettent
Mes souvenirs

L’angle de sa peau
Forme une étrange lame
Qui s’échappe de mes doigts

Et toujours je reviens
Au triangle latéral
De son regard
À la vasque de chair
Qui marque
Le double sceau
Revêtu de la tresse sur laquelle
S’écorchent mes doigts
Où gît la sève
De la caresse

Et toujours je mange
D’un œil oblique
Les ténèbres éternelles
De ses doigts compliqués

Toujours me hantent
L’étendue du désastre
Et la voix du grand animal

8-9 mars 2009