Affichage des articles dont le libellé est désir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est désir. Afficher tous les articles

jeudi 19 janvier 2012

Sévère


 
De son front

Je veux effacer

La marque

Du souci



De ma main

Je veux scinder

L’horizon vertical

La hauteur de l’opale

Poursuivre la trace



De l’encolure

À la gésine

Écarter les pans

De l’âtre, p(o)ur

Contempler l’angoisse



Qui me tient en vie



Goûter

Avec les dents

Le lai qui effuse

Dans le repos



De ce regard

D’eau pâle

Qui m’astreint



Je veux soustraire

La douleur qui perce

Atténuer le creux des joues



Je veux en manger

La paix et la patience

Le mal et le miel



13-19 i 2012

jeudi 21 janvier 2010

Lilalil


Ses cheveux noirs dénoués, elle vient de se retourner, son oreille de Corail, sa main aux doigts écartés, sur l’oreiller près de son visage, sa respiration est lente et régulière comme celle de quelqu’un qui dort effectivement, les lèvres sont immobiles, lèvres entrouvertes et enfantines, l’épaule gauche et la naissance de la poitrine sont dénudées, le corps n’est couvert que d’un drap aussi net qu’une Nikè, sous les plis révélateurs du marbre, mais chaud et même brulant de sommeil, sec ardent, son oreille de Corail sous la chevelure noire que je pourrais toucher sans qu’elle s’en aperçoive, un instant les cils tressaillent mais elle dort les paupières closes bleuâtres et cireuses ont l’éclat froid des pâles colchiques sur les yeux endormis, par un mouvement, pas un mouvement, seule la chevelure paraît échapper au sommeil, le bout des doigts aussi, près du visage, pourrait presque être éveillé mais elle dort, le sommeil est là dans la nuque, là très profond sans rêve humide plus profond que sur le visage qui semble nager à la surface du sommeil obscur comme un reflet fragile.


Max Frisch, Meine Name sei Gantenbein
__________________________________
 Philip Glass, Company




samedi 1 novembre 2008

Thèse

Me voila parvenu au seuil, au bord de cette bordure, au bord de ce flux d'écriture qui devra(it) accaparer de longs mois durant. Me voici au moment où je dois nouer quelque chose dans ma gorge, des sons pour moi, des mots pour d'autres, nouer pour dire ce qui m'échappe encore mais de ce dont je devine la présence, dérobée mais parfois impatiente, au revers de mes réflexions fugitives et glacées à la fois. Me voici au bord du langage, incapable ou alors encore un peu trop ému, pour articuler ces lourds nuages à quoi Vygotski compare la pensée, pour se déverser en une pluie de mots. Alors, il faut écrire, encore et toujours, il faut sauter le pas et ne surtout pas rester sur le seuil, ne plus chercher à voir son œil travailler, accepter de laisser des traces, d'être mal-adroit, d'avancer malgré sa peur dans les ténèbres de ce qui n'est pas encore écrit. Écrire doit d'abord être une forme acceptée de solitude, une petite mort un peu sordide en fait, accepter de ne plus coïncider avec ce que l'on suppose être. Mais c'est aussi, et c'est assurément le plus difficile, tenter de circonscrire et d'énoncer le lieu, l'étoffe, le pli, le nœud secret d'où l'on part et l'on parle. Quel est donc mon désir ?


----------------
Now playing: Kate Bush - Prologue
via FoxyTunes