samedi 27 février 2010

Stygienne

Pour C. N.

J’ai oublié le mot que j’allais prononcer.
Désincarnée l’idée retourne au royaume des ombres
O. Mandelstam, [J’ai oublié le mot]




Des yeux persans
Où affleure la peau
Le nez exact

Le froid rougit
Le vent boit la moisson
Des cheveux châtaignés

La bruine, rare
Et un peu maladroite
Me blesse lentement

Je sens dans l’ombre
Des mains, tapi au fond
De ma voix, un cercle plein

Brûle à mes lèvres
La gerçure enfouie
De la mélancolie

La thymie
La cendre lente
De l’impatience

26 janvier 2010

mercredi 10 février 2010

mardi 26 janvier 2010

Oriflamme

« Je suis. Confuse et obstinée, et il n’était pas fou que je m’obstine autant. »
I. Garo, Miranda 1

 

J’ai d’abord vu
Un chat dans la lumière
L’ambre crépuscule
D’une saison jaune
 

J’ai vu la mosaïque
De plusieurs vies
Flamboyer sur la géométrie
Anonyme et grise
 

J’ai vu l’ardoise
Au surplomb de la ville
Qui se rassemble
Comme un châle
 

J’ai vu la bruyère
Et le fer forger
La chaleur irréelle
D’une mélancolie rauque
 

J’ai vu comment
Les yeux ont montré
L’âme et la faim
Nourrir le silence
 

28-31 x 2009

jeudi 21 janvier 2010

Lilalil


Ses cheveux noirs dénoués, elle vient de se retourner, son oreille de Corail, sa main aux doigts écartés, sur l’oreiller près de son visage, sa respiration est lente et régulière comme celle de quelqu’un qui dort effectivement, les lèvres sont immobiles, lèvres entrouvertes et enfantines, l’épaule gauche et la naissance de la poitrine sont dénudées, le corps n’est couvert que d’un drap aussi net qu’une Nikè, sous les plis révélateurs du marbre, mais chaud et même brulant de sommeil, sec ardent, son oreille de Corail sous la chevelure noire que je pourrais toucher sans qu’elle s’en aperçoive, un instant les cils tressaillent mais elle dort les paupières closes bleuâtres et cireuses ont l’éclat froid des pâles colchiques sur les yeux endormis, par un mouvement, pas un mouvement, seule la chevelure paraît échapper au sommeil, le bout des doigts aussi, près du visage, pourrait presque être éveillé mais elle dort, le sommeil est là dans la nuque, là très profond sans rêve humide plus profond que sur le visage qui semble nager à la surface du sommeil obscur comme un reflet fragile.


Max Frisch, Meine Name sei Gantenbein
__________________________________
 Philip Glass, Company




vendredi 15 janvier 2010

Éclipse

Terrible silence
Dans le luisant
De la nuit profonde

Froide terreur
De ténèbres familières
Lumières glacées

Oranges blafardes
Serpentins lumineux
Sur les hauteurs

Manteau de soir
Sous mes doigts
La soie fébrile

Sépulcre hivernal
Guirlande infinie
D’yeux rouges

Comme une vague immense,
Un mascaret silencieux
Les points d'une douleur

Incolore comme la nuit
Qui se mange
Comme une parole

Muette

2-11 janvier 2010



mardi 15 décembre 2009

divagation

Je pense en morse, comme un iceberg, flottant dans les mers irréelles d’iroise grandeur.
Je suis sec ou trop humide peut-être pour décoller mes yeux des paupières de la brise qui m’assiège.
Je cligne des mains et de la tête, comme un phasme sans lumière.
Je mange tout ce que je peux pour m’évider.
Je transite, la bouche aveugle, les yeux muets, la main fausse.
Je suis une écriture automatique.
J’essuie.


mardi 8 décembre 2009

rimoir


rimoir, mon beau rimoir

vendredi 27 novembre 2009

true Faith



le trottoir est noir,
comme les yeux de la pluie

mardi 24 novembre 2009

griffure


Blessure
Trait qui rougeoie
Sur une peau de craie
Respire comme une soie
Brille une douce fraie

Césure
La langue rêche
D’une ride de sang
Le défilé d’une mèche
Qui s’éteint sur une dent

Biffure
Chemin des ratures
Comme autant de traces
Cimetière des pelures
Comme autant de brasses

Ouverture
C’est le pain
De ma main
La fragile brèche
Qui m’assèche

25 X-7 XII 2007/5-17 III 2008


dimanche 22 novembre 2009

samedi 14 novembre 2009

mercredi 4 novembre 2009

Mutisme

Mu par l’autisme

mercredi 21 octobre 2009

Chocolat

Mais les eaux brunes du regard
Où dort le bruit de la mer
La terre fauve au fond des yeux
A. Pieyre de Mandiargues, Fleur du Japon





Ce soir j’ai cédé
Au plaisir suffoqué
De la pâte brune
Solide comme l’agrume

Cette nuit j’ai froissé
Tant de fois ma langue
Pour mieux y céder
En fondre la gangue

Que demain j’écrirai
Les mots de ma faim
De mes yeux blanchirai
Les vestiges d’airain

Et plus tard je saurai
Peut-être nommer
La saveur brune

De cette brume
Des lèvres articuler
Son souverain délai

16-27 iii 2008

mardi 20 octobre 2009

vendredi 16 octobre 2009

dimanche 11 octobre 2009

concaténation

Mélancolie ou nostalgie, je n’arrive pas à finir des travaux d’écriture. Et voilà que j'explore l’envers de ma mémoire blogienne, tous ces billets, toutes ces bribes ébauchés, tous ces brouillons commencés, parfois oubliés, lassés par la ductile chair du temps.



vie en morceaux
doigts bleus
lèvres vitrifiées
[28 aout 2009]

*

Détaché
Allongé sous la pluie
Invisible des souvenirs

J’entends la musique
M’hérisser la peau
Submerger ma voix

Battre la morsure
A l'équerre
[26 aout 2009]

*

Je voudrais écrire
Comme un filet de sang
S’étale sur le sable gras

Mais le temps me boit avant.
[26 avril 2009]

*

Derrick L. Carter - While Corey Slept...
[5 février 2009]

*

L'encens de l'absence

[18 décembre 2008]

*

« On pourrait comparer la pensée à un lourd nuage qui déverse une pluie de mots » écrit Lev S. Vygotski dans Pensée et langage
[4 décembre 2008]


*


Je ne pensais pas annoncer avec le bleu précédent ce billet pour un hommage volontairement décalé aux Poilus de la Grande guerre, dont on ne cesse d'occulter les prosaïques raisons pour en exalter la grandeur d'âme de ses victimes « consentantes » nous affirme t-on doctement. La « Fleur au fusil » est encore et toujours présentée comme une évidence, qui aurait saisi le peuple, assoiffé de vengeance contre l'ennemi prussien. Il faut évidemment (re)lire les saisissants albums de Jacques Tardi Adieu Brindavoine et La fleur au fusil

[11 novembre 2008]

samedi 10 octobre 2009

Quand


Quand je tourne
Au coin de la bouche
J’entends à nouveau
La caresse

La chute des seins
Le creux qui vient
Nu comme l’épaule
Le pli de l’amende
La voix du sang

Perpendiculaire
Avide du souffle
Chaud des paupières
Dont bruit le fard
Je dévore ses lèvres

Quand je pose les mains
Tout autour de tes yeux
J’ai oublié

Debout, je rêve
Sous la pluie horizontale
De grands regards
Où je m’évade et me tais

8-10 x 2009